L’importance de la branche agroalimentaire dans le tissu économique national n’est plus à démontrer. Voici quelques chiffres pour illustrer ces propos: cette branche, qui compte quelque 2.020 entreprises et occupe 110.000 personnes, peut se targuer d'être l'un des plus importants employeurs du pays. Elle réalise à elle seule près du tiers de la production industrielle nationale pour une contre-valeur de près de 70 milliards de dirhams et contribue ainsi à hauteur d’un tiers du PIB industriel et 8% du PIB national.
Cependant, le tissu des Industries agroalimentaires (IAA) marocaines demeure essentiellement composé de PMI puisqu’elles en représentent 95% et dont les efforts conjugués n’assurent qu’un peu moins de la moitié de la production agroalimentaire alors que les 50 plus importantes en assurent près de 55%. Elles appartiennent soit à des opérateurs nationaux (ONA, Diana Holding, Ynna Holding, Holmarcom), soit à des multinationales pour ne citer que Nestlé, ou Procter & Gamble.
Les branches les plus productives sont la transformation des céréales, l’industrie des produits laitiers, la fabrication des corps gras (huiles végétales mais aussi huiles de poissons), les industries des conserves végétales et des conserves de produits de la mer et, dans une moindre mesure, les industries des boissons, la boulangerie-pâtisserie et la chocolaterie-confiserie.
L’observation des résultats des Industries agroalimentaires (IAA) à l’export fait apparaître une dichotomie très nette entre les deux sous-secteurs réellement exportateurs: les produits de la mer et les conserves végétales, avec plus de 12 milliards de dirhams de produits exportés, et les autres branches des IAA dont les exportations sont quasi-nulles. La preuve en est apportée une fois encore par les chiffres officiels couvrant la première moitié de cette année et qui montrent aussi que la progression de la branche ne suit pas une courbe ascendante en raison des multiples facteurs qui l'handicapent.
Evolution en dents de scie
Ainsi, les exportations des produits d’origine végétale arrêtées au 30 avril 2007 ont atteint 178.244 tonnes pour une valeur de 3 milliards de dirhams, soit une régression de 5% en quantité et de 18% en valeur, par rapport à la même période de la campagne précédente.
Sur le plan de la structure des exportations, les conserves d’olives viennent en tête avec 25% du tonnage exporté, soit une quantité de 44.948 tonnes pour une valeur de 803 millions de dirhams, en baisse de 6% respectivement en quantité et en valeur. Les épices-herboristerie viennent en deuxième position avec 37.720 tonnes pour une valeur de 878 millions de dirhams. L’Union européenne reste la destination prédominante pour cette catégorie de produits avec 72% du tonnage exporté, en baisse de 7% en termes de quantité et de 24% en termes de valeur, suivie des Etats-Unis avec 9%, de l’Asie avec 4%, et puis de l’Afrique avec 4%.
Les produits de la pêche exportés ont atteint, quant à eux, au terme de la même période, 366.186 tonnes pour une valeur de 9 milliards de dirhams, contre 382.966 tonnes pour une valeur de 8,5 milliards de dirhams l'an dernier, soit une régression de 4% en quantité et une progression de 8% en valeur. Les poissons, crustacés et mollusques congelés, ont porté sur 130.191 tonnes contre 144.093 la campagne précédente, soit un recul de 10%.
Les exportations des conserves de poissons viennent en deuxième position avec 114.887 tonnes contre 107.981 la campagne précédente arrêtée à la même date, soit une progression de 6%. Là aussi c’est l’Union européenne qui figure en pole position des destinations avec 49% des quantités exportées. L’Afrique vient en deuxième position avec 16%, suivie du Moyen-Orient avec 8%, de la Russie et de la Norvège avec respectivement 5% et 4%.
Offre exportable limitée
Ces chiffres révèlent encore une fois, si besoin est, que les exportateurs marocains n’arrivent toujours pas à trouver de nouveaux débouchés et que notre offre exportable reste très limitée. Ceci est le résultat de plusieurs contraintes (voir encadré: les maux du secteur) dont la plus importante est la difficulté des unités à s’approvisionner correctement et le manque de technicité. Plus clairement, le secteur agroalimentaire est tributaire des performances de l’amont agricole qui exige une refonte complète qui n'a que trop tardé à venir. On n'ose pas défricher ce terrain. Les gouvernements qui se sont succédé jusqu’à aujourd’hui ont pris la précaution de ne pas s’attaquer à ce chantier qui cumule les déficits depuis plusieurs décennies.
La stratégie arrêtée dans le cadre du plan Emergence préconise bien, à long terme, une métamorphose totale du secteur, c’est-à-dire une meilleure valorisation des ressources agricoles et une offre exportable et compétitive. Cependant, cela ne sera possible qu’à travers la mise à niveau de la branche agricole, puis de la consolidation des firmes industrielles et de l’encouragement de l’innovation et la recherche-développement entre autres facteurs dynamisants. La privatisation des terres de la Sodea/Sogeta peut résoudre une partie de la problématique, mais le problème restera entier tant que le pays ne sera pas doté d’une politique agricole claire aux contours bien définis.
Ceci dit, il est tout de même intéressant de souligner que certaines sous-filières commencent à sortir de leur léthargie et peuvent éventuellement tirer les performances de la branche vers le haut durant les années à venir.
Les relais de la croissance
Le Maroc possède, par exemple, un fort potentiel en agriculture biologique. Ce domaine, aujourd’hui en pleine expansion, a un avenir prometteur. Le pays possède une grande diversité d’écosystèmes et de climats qui offrent un large panel d’espèces végétales, notamment fruits et légumes contre-saison, fruits tropicaux et subtropicaux, espèces spécifiques tels l’arganier, le câprier, le safran, les plantes médicinales. Tous ces atouts permettent au Maroc de se positionner avantageusement sur le marché international des produits biologiques.
Depuis 1990, la production de produits biologiques est en pleine croissance. Durant la campagne 2005/2006, le Maroc a exporté 1.930 tonnes d’agrumes biologiques contre 1.220 tonnes en 2004/2005, soit une augmentation de 15%.
Les principaux produits exportés sont: légumes frais, agrumes, olives, dattes, safran, plantes médicinales et aromatiques... Tous ces produits peuvent subir une première transformation pour en augmenter la valeur ajoutée.
Autre branche, le couscous et les pâtes alimentaires qui sont en plein essor de développement à l’exportation. En 2005, l’exportation de ces produits a atteint 2,94 millions d’euros.
Le Maroc peut également tirer profit des rentrées de la fabrication de l’huile d’argan qui constitue une matière première pour l’industrie cosmétique et médicale.
Les exportations marocaines d’huile d’argan se sont chiffrées durant la période 2003-2005 à 53,54 tonnes représentant une valeur de près de 723.000 euros.
D’autres produits transformés peuvent s’ajouter à la liste. C’est le cas notamment du vin (7,2 millions d’euros à l’export), de l’huile d’olive (91,42 millions d’euros), des champignons (6,6 millions d’euros), des épices (5,5 millions d’euros) ou encore de la caroube et des dattes. |