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Redistribution
des cartes

Le secteur des assurances est en train d’opérer sa mue. En 2006, la couverture des risques catastrophiques vient enrichir la panoplie des prestations et l’assurance-vie gagne du galon.
Par ailleurs, les compagnies sont désormais autorisées à affecter jusqu’à 15% de leurs réserves techniques aux fonds d’investissements touristiques depuis le début de l’année 2007. De plus, un nouveau régime de changes a été mis en place pour leur ouvrir de nouveaux horizons. Les entreprises du secteur bénéficient de nouvelles facilités pour investir et placer une partie de leurs actifs à l’étranger. L’instruction publiée en mars 2007 par l’Office des Changes les autorise à ouvrir des comptes libellés en devises. Les compagnies peuvent également effectuer des transferts liés aux opérations de dépôt, d’investissement et de placement à l’étranger. De plus, elles sont habilitées à contracter des primes libellées en devises pour certaines opérations comme par exemple les importations et exportations pour le compte de non-résidents ou encore l’expédition de marchandises à partir d’une zone franche au Maroc vers un pays étranger. Enfin, elles sont autorisées à utiliser 5% de la valeur de leur actif sous forme de dépôt, d’investissement ou de placement en valeurs mobilières. L’ensemble de ces mesures est supposé élargir le spectre des activités du secteur en l’impliquant davantage dans la couverture des risques inhérents au commerce international. De son côté, la branche automobile devrait se maintenir en 2007 grâce à la libéralisation de la RC automobile intervenue en 2006. Cette mesure est censée se traduire par une amélioration progressive de l’offre et le développement de packages assortis à des tarifs compétitifs. Quant à la branche vie, elle est appelée à gagner des parts de marché non négligeables grâce à l’appui commercial des réseaux bancaires. De la capacité à réagir et à se positionner face à ces nouvelles donnes dépendra le positionnement de chacune des compagnies sur le marché dans les années à venir. Quoi qu’il en soit, tous les ingrédients sont là pour que les différents acteurs se livrent une compétition saine. Il faut donc s’attendre dans les prochains mois à une redistribution des cartes même si l’écart se creuse entre les petites entreprises et les trois mastodontes que sont RMA Watanya, Axa Assurance Maroc et Wafa Assurance. En 2006, ces dernières contrôlaient à elles seules près de 56% du marché. Globalement, toutes les compagnies, quelle que soit leur taille, ont amélioré leur score, à l’exception de MAMDA et La Marocaine Vie dont le chiffre d’affaires est en baisse par rapport à 2005.
Sur la même période, Wafa Assurance réalise une progression de 47,5%. Ce qui lui permet de rattraper sa concurrente directe, Axa Assurance Maroc, qui occupe la deuxième place du podium. Au total, les deux compagnies clôturent l’année 2006 avec le même montant de primes émises, à 2,39 milliards de dirhams. Ce qui prouve que la filiale d’Attijariwafa bank a pleinement bénéficié des synergies de sa maison mère en commercialisant les produits d’assurance via le réseau bancaire, en particulier l’assurance-vie. Et pour cause, le pôle vie affiche un chiffre d’affaires en hausse de 136% à 1,17 milliard de dirhams. Ce qui hisse Wafa Assurance en pole position avec une part de marché de plus de 28% dans ce segment. La filiale a donc pleinement profité de l’engouement de la demande pour les produits d’épargne retraite. Le pôle non-vie de Wafa Assurance a lui aussi progressé mais dans une moindre mesure, de 8,3% à 1,22 milliard de dirhams. En deuxième place, Axa Assurance Maroc fait bonne figure, même si elle a pâti de la séparation avec son partenaire de référence l’ONA. Son chiffre d’affaires lié à l’assurance-vie a fléchi en 2006 de 10,4% à 586 millions de dirhams. En revanche, la compagnie réussit à améliorer ses ventes dans le pôle non-vie de 17,4% à 1,8 milliard de dirhams. Une performance qui s’explique par le positionnement de la compagnie sur les grands risques d’entreprise. Elle s’explique aussi par le jeu de synergies avec le réseau de réassurance international. RMA Watanya est toujours en tête avec un chiffre d’affaires de 3,1 milliards de dirhams en 2006. Cependant, la croissance de son activité (+5,8%) est inférieure à celle du marché car le groupe a réalisé une contre-performance de 5,7% à 2 milliards de dirhams dans le pôle non-vie. Le pôle vie affiche une belle performance de près de 38% à 1,1 milliard de dirhams. La compagnie conserve sa place de leader grâce à l’agressivité commerciale du réseau bancaire de BMCE Bank qui lui a permis d’améliorer sa position dans le pôle vie. Par ailleurs, la CNIA conserve sa quatrième place même si l’écart qui la sépare de Wafa Assurance s’est creusé. En 2006, son chiffre d’affaires n’a gagné que 5,4% à 1,2 milliard de dirhams.
La MCMA s’est distinguée par une hausse de 33,5% de son chiffre d’affaires à 412,2 millions de dirhams, grâce à l’explosion des primes pôle vie (+82,8%). En revanche, les recettes de la MAMDA accusent un repli de près de 5% à 273,4 millions de dirhams, du fait de la bonne campagne agricole et du faible recours à l’assurance dans le monde rural en 2006. Même tendance pour La Marocaine Vie dont l’activité est en baisse de 6% à 556 millions de dirhams dans un marché de l’assurance-vie en pleine expansion.
De son côté, Sanad a profité des branches d’assurances sociales (maladies, accidents de travail) et des risques entreprises (incendie). Résultat: les primes émises ont grimpé de 20,5% à 956 millions de dirhams. En revanche, Atlanta a souffert d’une chute de 47% de sa production dans le pôle vie à près de 70 millions de dirhams. Son chiffre d’affaires global a crû de 7,3% à 844 millions de dirhams seulement. Un relâchement sans doute dû aux préparatifs de la fusion Sanad/Atlanta et de leur introduction en bourse au cours de 2007.

La bancassurance dope le marché
Les compagnies d’assurance ont compris que la seule voie de salut est de resserrer les liens avec les banques pour vendre en masse des produits via les réseaux d’agences. Ce partenariat a fait ses preuves dans les pays développés. Il est en train de donner des résultats palpables au Maroc. D’ailleurs, depuis 2002, l’activité de la bancassurance varie et croît entre 15 et 20% par an. Le phénomène n’en est qu’à ses débuts. Aussi, le potentiel de croissance des produits d’assurance-vie est-il important. Malgré le décollage observé ces dernières années, le pôle vie représente à peine 30% de l’activité globale des compagnies contre 70% pour l’assurance dommages. A signaler que les pays développés sont dans la configuration inverse. Ce qui confirme l’importance du chemin à parcourir. Parmi les produits les plus prisés par la clientèle bancarisée, figurent en tête l’épargne retraite et l’épargne éducation. Le volet fiscal n’est pas étranger à cet engouement même si la communication dans ce domaine tant par les banquiers que par les assureurs fait encore défaut. En effet, les salariés ont la possibilité de déduire sans limitation la totalité de la cotisation, pour les professions libérales la déduction est limitée à 6% maximum du revenu annuel. Mais l’assurance-vie ne se limite pas à ces deux produits phares. L’assurance décès ou l’assurance maladie restent peu prisées, sans doute faute de communication suffisante. Dans les prochaines années, les compagnies vont se livrer une bataille sans merci sur l’épargne retraite entreprise. Cette retraite complémentaire est souscrite en partie ou en totalité par l’employeur au profit de ses cadres. Objectif: fidéliser les plus proches collaborateurs en maintenant leur pouvoir d’achat à la retraite. Le produit fait mouche auprès des entreprises. La concurrence de l’opérateur historique, la CIMR, est ouverte. Par ailleurs, les compagnies comptent bien faire jouer les synergies entre les produits d’assurance-vie et les placements en bourse pour améliorer les taux de rendement du produit. Ce sont les fameuses formules d’assurance-vie en unités de compte. La valeur du capital varie selon les mouvements du marché boursier car l’épargne est investie en parts d’OPCVM (Organismes de placement collectif en valeurs mobilières). Pour éviter les mauvaises surprises, le produit garantit une valeur plancher afin de sécuriser le capital versé par l’épargnant. Pour l’heure, les produits d’épargne retraite ou d’épargne éducation garantissent un rendement minimum de 3,25%. Les assureurs ont par ailleurs intégré la notion de taux variable à la performance de leur produit. Ainsi, au taux garanti de 3,25% s’ajoute une participation aux bénéfices.
Le potentiel de croissance est certes important, mais le développement de la bancassurance est étroitement lié aux incitations fiscales sur l’assurance-vie et l’épargne retraite. Or, depuis 2004, les plus-values réalisées au titre des souscriptions dont la durée est inférieure à dix ans sont taxées de l’IGR et de la retenue à la source. L’absence d’incitation ne peut que freiner l’engouement des particuliers.

 

 
 
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