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Belle
moisson

Belles performances du secteur bancaire en 2006 et la moisson de 2007 s’annonce aussi bonne. Tous les indicateurs sont au vert. Les banques commencent à récolter les fruits des efforts engagés depuis plusieurs années: nettoyage de leur portefeuille de créances en souffrance, rationalisation de leurs frais de gestion, développement des activités de désintermédiation... Aujourd’hui, leur total bilan reflète le niveau important de leur activité. Au terme du premier semestre, il réalisait déjà un bond de 18% contre une moyenne de 7% durant les cinq dernières années.
A la fin de l’exercice 2006, le bénéfice net cumulé des huit grandes banques de la place dépasse la barre des 7 milliards de dirhams pour un produit net bancaire de 24,5 milliards de dirhams. Ce qui confirme que la plupart des banques ont réussi un véritable tour de force. Profitant d’une conjoncture économique favorable et de la reprise de l’investissement, elles ont compensé la baisse des taux d’intérêt débiteurs liée à la montée de la concurrence par une hausse de volume des crédits distribués. Les plus dynamiques d’entre elles ont en effet débloqué à tour de bras des crédits d’équipement et immobiliers. Ces derniers affichent à la fin de l’exercice une croissance de 25%. La production des crédits à l’équipement et des crédits de trésorerie a également suivi cette tendance, réalisant des taux de progression respectifs de 17,6% et de 29%. Au total, l’encours des crédits a gonflé de 18% à 327 milliards de dirhams, face à une hausse moyenne de 7% durant les cinq dernières années. Pour autant, outre la hausse du volume des crédits, la marge sur commissions a contribué à la bonne tenue du produit net bancaire (PNB).
Par ailleurs, la surliquidité structurelle du marché a incité les institutions bancaires à se détourner des placements obligataires peu rentables et à miser sur les opérations de marché génératrices, elles aussi, de commissions. L’activité de marché a ainsi crû de 19% à 154 milliards de dirhams. En définitive, la hausse du volume des crédits a à peine compensé l’effet de baisse des taux débiteurs. Même si la marge sur intérêt continue de contribuer fortement à la formation du PNB, elle progresse lentement depuis quelques années. Elle a même reculé chez certaines banques. C’est le cas d’Attijariwafa bank qui affiche une marge sur intérêt en baisse de 1,8% alors que ses engagements ont augmenté de 8% environ.
Globalement, le phénomène est marquant: en 2006, la part de la marge sur commission et le résultat sur les opérations de marché dans le PNB ont fortement augmenté. Pour exemple, Attijariwafa bank a amélioré de 47% sa marge sur commissions (1,35 milliard de dirhams) qui contribue pour 20% à son PNB. Le Groupe Banques Populaires a pour sa part augmenté de près de 20% cette marge à 584 millions de dirhams. Quant à BMCE Bank, elle a presque doublé le résultat sur les opérations de marché qui représente aujourd’hui près de 22% de son PNB.
Selon les chiffres de Bank Al-Maghrib, les ressources drainées par le secteur ont elles aussi connu une hausse substantielle. Les dépôts bancaires ont globalement gagné 17% à 434 milliards de dirhams à fin 2006. Cette manne est constituée pour près de 40% des comptes non rémunérés, soit plus de 170 milliards de dirhams. Les banques ont amélioré cette part de 7 points par rapport à 2000. Ce qui leur a permis de faire des concessions supplémentaires au niveau des taux d’intérêt débiteurs. Mais les comptes à terme, 30% des dépôts, connaissent une progression encore plus forte, de +20% par rapport à 2005 à 119 milliards de dirhams.
Les dépôts des MRE ne sont pas en reste. Ils ont grimpé de 10,5% pour un volume de 97 milliards de dirhams. Ils contribuent pour 22% à l’encours global des dépôts.

Une concentration de plus en plus forte
Cependant, les trois premières banques, Groupe BCP, Attijariwafa bank et BMCE Bank, polarisent plus de 64% de l’actif et drainent 67% des dépôts.
Outre les activités d’exploitation, la bonne tenue des résultats s’explique aussi par une meilleure maîtrise des frais généraux qui a permis une baisse du coefficient d’exploitation. Au prix d’une qualité de service au guichet souvent critiquée par les clients.
Le bon score des bénéfices s’explique aussi par la réduction du coût du risque. Ainsi, la dotation nette des reprises aux provisions pour créances en souffrance est passée de 45% à 16% en l’espace d’un an. Quant au taux de provisionnement des créances en souffrance, il a été porté à 71% contre 50% en 2000. Et l’encours des créances en souffrance de l’ensemble des institutions de la place s’inscrit en baisse de 18% à près de 35,8 milliards de dirhams.
Cette baisse découle à la fois des opérations de radiation des créances en souffrance opérées sur les comptes bancaires à fin 2005, des efforts déployés pour recouvrer des créances d’un montant important et du bond enregistré par les crédits distribués. Même si le secteur est en pleine expansion, les banques affichent des performances variables. En tête, les deux poids lourds que sont le Groupe Banques Populaires et Attijariwafa bank qui bouclent l’exercice avec un bénéfice net de 2,3 milliards et 2,1 milliards de dirhams pour une marge nette respective de 37,7 et 30,4%. En troisième position, BMCE Bank sort avec un résultat net de 950 millions de dirhams, suivie de BMCI (535 millions de dirhams) et de Société Générale (534 millions de dirhams).

Encore de gros chantiers en perspective
Ce n’est pas un hasard si les banques affichent de bonnes performances et les consolident d’une année sur l’autre. Les autres entreprises privées, notamment les PME, devraient en tirer des leçons.
Si les banques affichent aujourd’hui une santé enviable, c’est qu’elles ont toutes engagé en interne des chantiers de fonds pour se conformer aux règles de Bâle II. Certaines sont plus avancées que d’autres, notamment les trois mastodontes nationaux (Groupe Banques Populaires, Attijariwafa bank et BMCE Bank) et les filiales des banques françaises (BMCI, Crédit du Maroc, Société Générale). Cependant, toutes devront s’y conformer à partir de 2008, y compris les ex-OFS (organismes financier spécialisés) CIH et Crédit Agricole.
Pour rappel, l’accord de Bâle II comporte trois piliers, dont le premier couvre les exigences minimales en fonds propres et la prise en compte du risque opérationnel. Le deuxième pilier fixe les normes du contrôle prudentiel et de surveillance et le troisième impose une discipline de marché par des devoirs d’information financière plus étendus en direction du marché et des actionnaires. Dans l’immédiat, les institutions devront se conformer aux exigences minimales du pilier 1. Les plus avancées d’entre elles au niveau des réformes pourront se plier aux règles du deuxième, voire du troisième pilier.
D’ores et déjà, les banques doivent faire face à un grand dilemme: se conformer à des règles prudentielles de plus en plus rigoureuses basées sur le risque opérationnel et augmenter leurs concours en faveur des entreprises, des PME en particulier.
Parmi les priorités censées desserrer l’étau, l'amélioration du taux de bancarisation qui plafonne à 30%, soit l’un des plus bas de la région MENA. Elles doivent également miser davantage sur la commercialisation des produits de bancassurance pour drainer de l’épargne longue et consolider leurs ressources. Par ailleurs, elles sont tenues de développer les activités de corporate pour soutenir la restructuration du tissu industriel et favoriser la recapitalisation des entreprises en mal de fonds propres.
En fait, l’entrée en vigueur des règles de Bâle II oblige les banques à distribuer du crédit tout en maîtrisant le risque. Pour y arriver, elles se doivent d’affiner leur système d’information.
Désormais, la collecte d’informations fiables constituera le nerf de la guerre des prochaines années. Sur ce registre, les banques se livreront une bataille sans merci. Ce qui explique qu’elles ont déjà entamé une refonte de leur process et de leur système d’information. Parallèlement, elles ont adopté de nouvelles méthodes de gestion et de traitement des opérations en mettant l’accent sur l’organisation des bases de données, des reportings et des outils de notation interne. La conformité aux règles de Bâle II n’est pas le seul grand chantier du secteur. Elles doivent réussir leur convergence vers les normes IFRS d’ici 2008. La plupart des banques locales sont en mesure de relever ce défi grâce au retour d’expérience des banques européennes partenaires. Quoi qu’il en soit, les groupes bancaires sont soumis à l’obligation des comptes consolidés et sont obligés de basculer vers ces normes pour ne pas être marginalisés à l’échelle internationale.
Grâce aux référentiels IAS/IFRS, les institutions de pays étrangers peuvent nouer des partenariats sans avoir à retraiter leurs comptes.
Cette mise en conformité constitue donc un gage de crédibilité des banques marocaines aux yeux de leurs consoeurs. Aussi, les banques devront-elles se conformer à la fois aux règles prudentielles fixées par Bank Al-Maghrib (basées sur un provisionnement plus prudent) et les normes IFRS applicables aux comptes consolidés. Mais a priori, cela ne devrait pas avoir une incidence ni sur l’appréciation du risque lié à chaque opération ni sur le niveau de provisions constituées.

Première victoire des produits halal
Les autorités monétaires ont fini par céder. Elles n’ont pas encore totalement lâché la bride puisque la gamme de produits qui sera autorisée est très limitée et les messages de communication cadrés. De plus, elles refusent toujours d’accorder des agréments à des banques islamiques pour éviter une désarticulation du système financier. Pourtant, des demandes d’agrément continuent d’affluer. Si la Banque centrale permet la commercialisation des produits islamiques, dits alternatifs, par les banques commerciales locales, c’est qu’ils peuvent contribuer à l’amélioration du taux de bancarisation de façon notable qui reste confiné à 30% de la population. Ils peuvent surtout réduire l’impact des circuits de financements parallèles qui, eux, échappent complètement au contrôle.
En fait, le ministère des Finances comme Bank Al-Maghrib ont jusque-là refusé toute demande de création de banques islamiques du fait de leur non-conformité aux règles prudentielles en vigueur.
Selon une note de BMCE Bank, certaines banques étrangères cherchent tout de même à contourner cet obstacle juridique en développant des partenariats avec des institutions locales pour créer des guichets uniques.
Pour calmer les ardeurs, des produits bancaires alternatifs conformes à la Chariâa islamique sont sur le marché depuis le 1er octobre 2007. C’est dire l’ampleur de la pression des banques pour conquérir un segment de clientèle jusque-là marginalisé.
La circulaire de la Banque centrale de mars dernier arrête une liste de trois produits halals pour lancer la finance islamique au Maroc. La «Moucharaka» est une adaptation du capital investissement. Ce contrat prévoit que la banque s’engage à financer un projet et à partager les profits et pertes qui en découlent à partir d’un ratio préalablement fixé. La «Ijara» est une formule de leasing conforme à la Chariâa. La banque acquiert un bien et le loue au client avec promesse de vente à terme. Selon une étude de BMCE Bank, cette formule se prête au financement immobilier par les particuliers, notamment les logements sociaux.
Enfin, la «Mourabaha» consiste à accorder un prêt sans intérêt à court terme, rémunéré par une marge prédéterminée. Ce produit trouvera un débouché dans le microcrédit, selon BMCE Bank. Le potentiel est estimé à 3,2 millions de clients.
Les banques adhèrent aux appellations des trois produits mais soulèvent le problème de la fiscalité qui leur sera appliquée. De son côté, Bank Al-Maghrib exige que la communication qui sera faite autour de ces produits ne contienne aucune connotation religieuse. Promesse difficile à tenir car l’argument de vente est justement l’aspect halal de ces formules de financement.

Ruée vers les fonds d’investissement
Immobilier, tourisme, agriculture, infrastructures... Les banques qui croulent sous les liquidités depuis quelques années déjà se sont lancées dans la création de fonds d’investissement dédiés. Depuis 2005, elles accélèrent la cadence. Attijariwafa bank en a lancé trois successivement: Agram Invest (agriculture), MIF (infrastructure) et un fonds touristique. De son côté, Société Générale a monté le fonds Kantara dédié aux PME. Le phénomène n’est pas spécifique aux banques marocaines. Leurs consoeurs britanniques et allemandes contribuent pour 60% au financement de la promotion immobilière par exemple. Dès 2003, BMCE Capital met en place une organisation spécifique articulée autour de deux filiales, Actif Management et Actif Invest. La première assure le montage des fonds, trace la stratégie d’investissement. La seconde prospecte les opportunités d’investissement et réalise les projets. Un premier fonds, Actif Capital, est lancé en 2005 pour financer l’immobilier professionnel et commercial. Le montant alloué, qui est de 600 millions de dirhams, a été investi à hauteur de 80%.
En juin 2006, Attijariwafa bank, la Banque Centrale Populaire (BCP) et la CDG ainsi que d’autres investisseurs institutionnels se sont engagés à créer un fonds d’un montant minimum de 1 milliard de dirhams. A cette annonce, les compagnies d’assurance ont affiché leur vif intérêt pour ce type de placement. Entre temps, elles ont été autorisées à affecter une partie de leurs réserves techniques à des fonds touristiques, sur autorisation du ministère de tutelle. En définitive, les fonds collectés s’élèvent à 2,5 milliards de dirhams. Outre les deux banques leaders et la CDG, les caisses de retraites et les compagnies d’assurance ont également rejoint le tour de table. De son côté, BMCE Bank a annoncé la création d’un fonds du même montant (2,5 milliards de dirhams) d’une durée de vie de huit ans. Un premier closing de 1 milliard de dirhams était prévu en juin 2007. Ce montant est apporté par des investisseurs locaux. Le reliquat, soit 1,5 milliard de dirhams, sera levé auprès de bailleurs de fonds européens et moyen orientaux. Le closing de cette seconde partie est programmé pour juin 2008.
Outre l’hôtellerie classique, ce fonds sera dédié au financement d’appart-hôtels pour satisfaire la demande domestique. Un partenariat est conclu avec Resid’Hotels qui gère un parc important d’appart-hôtels dans plusieurs pays.
Ce fonds sera également dédié à la construction de résidences touristiques dotées d’un parc de loisirs et de centres commerciaux qui font également défaut. Les banques étrangères ne sont pas insensibles aux opportunités de financement dans l’immobilier. Le géant allemand Deutsche Bank a injecté 1 milliard de dirhams dans un fonds immobilier au Maroc. La société gestionnaire Ardim est basée à Rabat. Elle vise aussi bien les projets résidentiels que l’immobilier de bureau dans les grandes villes. Elle ne compte pas s’arrêter là puisque l’objectif est de porter à 3 milliards de dirhams le montant du fonds. Sur un tout autre registre, un fonds d’investissement dédié à la filière oléiculture a été créé par le Crédit Agricole en partenariat avec Asset Management (Société Générale France). Ce fonds, «Olea Capital», est doté d’un capital de 50 millions d’euros. Il permettra de financer des projets oléicoles intégrés dont la superficie dépasse 400 hectares, afin d’industrialiser la production et faciliter son exportation. Enfin, après le lancement du fonds Igrane dédié à la région du Souss Massa, un autre fonds de 200 millions de dirhams monté par Attijariwafa bank et la CDG avec le concours d’autres institutionnels, est dédié à la région de Fès-Boulemane. Objectif: accompagner le plan de développement urbain. Ce fonds financera tout projet susceptible d’avoir un impact positif sur la région, dans les secteurs du tourisme, l’artisanat, l’agroalimentaire et l’industrie.

 

 
 
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