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Chimie-plasturgie
 
Le secteur
cherche ses
marques

Mohamed Benchekroun, président de la Fédération de la chimie et parachimie (FCP), soulignait le 5 avril 2007 lors de l’Assemblée générale annuelle que l’on «imagine mal une industrie alimentaire sans emballage plastique, un essor immobilier sans peinture, une agriculture sans engrais et produits phytosanitaires, ou encore une structure d’accueil touristique avec des hôpitaux sans gaz médicaux de qualité ou sans médicaments». Ce secteur se trouve donc au cœur du développement d’une pléiade d’autres branches. Soit, mais dispose-t-il réellement des munitions nécessaires pour remplir pleinement ce rôle? Dire que toutes les sous-filières de la FCP ne suivent pas le rythme relève du raisonnement simpliste. Le dernier rapport de conjoncture du Haut Commissariat au Plan soulignait le retournement à la hausse qui a marqué l’évolution des industries de la chimie et de la parachimie (3,4%), au cours du premier trimestre 2007. Le raffermissement a marqué particulièrement les engrais pesticides et insecticides, les produits de la peinture et de la résine synthétique. Cette dernière a profité du dynamisme de la demande des industries situées en aval, tandis que les engrais phosphatés ont été boostés par une reprise des ventes extérieures. Les prix à la production ont enregistré, dans l’ensemble, une progression de 2%, en glissement annuel, imputable à l’envolée des cours des matières premières importées.
Un maintien des tendances à la hausse pourrait marquer les industries de la chimie et de la parachimie, au cours du même trimestre, profitant d’une part d’un renforcement prévisible des commandes extérieures pour les engrais pesticides et les fertilisants et, d’autre part, d’un redressement des livraisons au marché local pour les produits de la peinture et des matières plastiques. Voici donc ce que prédisent les analystes du HCP. Mais en analysant ces chiffres de plus près, l’on se rend compte que les indicateurs restent surtout tirés par les performances de l’OCP. Preuve en est les chiffres publiés par la Direction des Etudes et des Prévisions Financières relevant du ministère des Finances et de la Privatisation. Ces derniers révèlent que la production marchande de phosphates a progressé de 4,4% après un recul de 1,4% à fin juin 2006. Le volume des exportations de phosphates a ainsi augmenté de 7,8% après un repli de 6,5% un an auparavant.
Par ailleurs, le chiffre d’affaires à l’export de l’OCP s’est établi, à fin juin 2007, à 10 milliards de dirhams, en hausse de 28,6% après un accroissement de 10,1% un an auparavant, bénéficiant de la vigueur de la demande externe adressée aussi bien aux phosphates (+20,9%) qu’aux produits dérivés (+32,1%). Pour les autres filières, les indicateurs n’ont pas droit de cité. Ce qui a fait dire à Salaheddine Mezouar, ministre du Commerce et de l’Industrie, devant un parterre d’industriels opérant dans le secteur, que cette «branche qui consacre près de 90% de sa production au marché local a besoin de rompre avec certaines attitudes et d’adopter une vision intégrée et claire pour se donner une véritable impulsion et gagner le pari de la mondialisation». Pour ce dernier, «les opérateurs doivent profiter des multiples avantages offerts par les accords de libre-échange signés entre le Maroc et plusieurs pays étrangers afin d’accélérer le rythme des exportations et booster par la même le dynamisme du secteur». Mais ceci est bien plus facile à dire qu’à appliquer sur le terrain.
Mohamed El Kabbaj, spécialiste de la question et ancien président de la FCP, avait souligné lors d’une intervention que «la chimie se développe là où il y a des richesses minières, énergétiques et pétrolières. Au Maroc, nous manquons cruellement des deux dernières ressources».
Il donne l’exemple de la SNEP (Société nationale d’électrolyse et de pétrochimie), qui importe la grande majorité de ses intrants, parmi lesquels des produits pétrochimiques comme l’éthylène. A son image, les industriels marocains de la chimie-parachimie restent très dépendants des importations de produits pétroliers, un poste qui subit actuellement de plein fouet la flambée des prix du pétrole (autour de 80 dollars le baril de brut).
La nature particulière du secteur de la chimie-parachimie, sa grande sensibilité aux importations et aux coûts liés à l’énergie ainsi que l’étroitesse du marché intérieur national sont des facteurs qui expliquent en grande partie le fait que le secteur ne soit pas intégré au plan Emergence et qui justifie aussi la timidité de ses performances.

Les bons et les moins bons
Globalement, l’industrie chimique nationale semble chercher ses marques. Classée au premier rang industriel en termes de production (près de 70 milliards de dirhams de chiffre d’affaires sectoriel), de valeur ajoutée (19 milliards de dirhams) et d’investissements (6 milliards de dirhams), et arrivant au deuxième rang en termes d’exportations (15 milliards de dirhams), l’activité de la chimie-parachimie recouvre plusieurs sous-secteurs: industrie chimique de base, produits agrochimiques, peintures & vernis, produits pharmaceutiques, savons & cosmétiques, caoutchouc, verre, plastiques...
Toutes branches confondues, le secteur compte près de 2.265 établissements. Ces derniers contribuent à hauteur de 37% à la production industrielle et à 34% du PIB industriel.
Certaines filières semblent tenir la route plus que d’autres ou en tout cas elles essayent, compte tenu de la farouche concurrence à laquelle elles sont livrées. C’est le cas notamment de la branche de la plasturgie. Une récente étude réalisée par l’Association marocaine de plasturgie (AMP) et l’Union européenne révèle qu’elle émerge à peine et présente un taux de croissance moyen annuel de 3,5%. Elle emploie actuellement près de 13.000 personnes dans 258 entreprises et génère un chiffre d’affaires de plus de 4,3 milliards de dirhams. Une grande majorité des entreprises restent cantonnées dans la fabrication de l’emballage largement utilisé dans le secteur agroalimentaire. Cependant, d’autres créneaux restent sous-exploités. Il en est ainsi du secteur des pièces techniques au Maroc qui absorbe 7% de la branche plastique. Il n’en demeure pas moins que peu de PME y consacrent une activité dédiée.
«Le plastique contribue également dans la branche auto. L’expérience de la Logan n’est pas à négliger. Même si les constructeurs déplacent leurs usines vers l’Ouest, le marché africain n’en demeure pas moins attractif pour les entreprises», indiquent les rédacteurs de l’étude diligentée par l’AMP.
La branche recèle donc un fort potentiel de développement, mais pour en tirer profit les opérateurs doivent apprendre à se mouvoir dans le contexte de l’économie qui a beaucoup changé. Ceci, les professionnels ont en conscience. Benchekroun souligne d’ailleurs à ce propos que «la concurrence des pays émergents et des pays asiatiques nous force à réévaluer nos avantages compétitifs et notre stratégie concurrentielle. A l’ère de l’Internet, du «Just in Time», et des technologies de l’information, la veille concurrentielle, la navigation concertée entre pouvoir public et acteurs privés, la rapidité de décision, ne relèvent plus du luxe mais plutôt de la survie de notre secteur». C’est une question de survie dont il s’agit donc.
Dans la marche forcée vers le salut, quelques pas importants ont quand même été réalisés. Il s’agit notamment de la mise en place d’un parc industriel pour les industries chimiques et parachimiques réputées pour être hautement polluantes ou encore la révision de la loi sur les établissements classés.

L’industrie pharmaceutique se déploie à l’international
Autre secteur dynamique de la branche, la pharmacie. Selon l’Association marocaine de l’industrie pharmaceutique (AMIP), le marché pharmaceutique marocain est animé autant par les principaux acteurs du marché du médicament dans le monde que par des sociétés nationales. Cette diversité, matérialisée par la présence de 35 sites de production, permet d’offrir toutes les gammes thérapeutiques. Par ailleurs, le secteur a produit plus de 192 millions d’unités en 2005, permettant de couvrir, dans la régularité et la continuité, près de 70% des besoins locaux en médicaments.
Actuellement, le secteur pharmaceutique exporte en moyenne 8 à 10% de sa production vers des pays européens, arabes, asiatiques ou encore africains. Ces exportations pourraient enregistrer une progression plus forte.
Le secteur a réalisé un chiffre d’affaires de 4,9 milliards de dirhams en 2005. Il emploie 35.000 personnes avec un taux d’encadrement de 20%. Depuis 1998, cette branche a consenti des investissements pour une contre-valeur de 300 millions de dirhams par an et les unités opérantes sont conformes aux normes internationales les plus pointues.
Parmi les branches qui font beaucoup moins parler d’elles, celle de la peinture, encres, colles & adhésifs, quoique les industriels de la peinture aient commencé ces deux dernières années à se donner plus de visibilité à coup de spots publicitaires et produits innovants. Les chiffres concernant ce secteur restent fragmentaires, ne permettent pas un recoupement et donc une analyse approfondie de ses performances. Cependant, l’on peut estimer que son développement est important car en liaison avec les branches dynamiques. En effet, dans le domaine des peintures, la branche fournit le bâtiment, l’automobile, les travaux publics et pratiquement toutes les branches industrielles (automobile,...).
Les encres sont utilisées dans des activités aussi stratégiques que la presse, l’imprimerie et l’édition, les imprimantes informatiques, les producteurs de stylos...
Et dans le domaine des colles et adhésifs, la profession fournit aussi bien des industries diverses que le grand public en produits collants et en articles adhésifs.
D’une manière générale, le secteur de la chimie et parachimie exige une mise à niveau urgente. Pour cela, les opérateurs doivent d’abord disposer de la visibilité nécessaire pour envisager l’avenir avec plus de sérénité. La FCP lancera dans les mois à venir une étude de l’état des lieux, une évaluation des forces et faiblesses et un plan d’action structurant. Il faut bien un début à tout.

 

 
 
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