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Le programme Emergence commence à donner des résultats concrets. L’industrie a gagné 3 points dans sa contribution au PIB à 19,6%. Une performance confortée par les efforts engagés par les entreprises pour se moderniser et se restructurer. En témoignent la hausse de la production industrielle de 12% et la bonne tenue des exportations qui gagnent 11% en 2006.
A rappeler que le maintien de l’exonération de la TVA sur les biens d’équipement pour 24 mois vise à soutenir cet effort d’investissement des entreprises. Cette mesure prévue par la loi de Finances 2006 concerne aussi bien les équipements achetés localement que ceux qui sont importés.
Pour autant, la hausse de la production ne s’est pas accompagnée d’une création d’emplois nouveaux, bien au contraire. Selon les chiffres officiels du ministère du Commerce et de l’Industrie, le secteur aura perdu près de 30.500 postes, soit une baisse de 6% à 473.866 emplois. Cette perte d’emplois serait directement liée à l’amélioration de la productivité et au recrutement de profils de plus en plus pointus. C’est le cas par exemple dans le secteur métallurgique où les investissements ont bondi de près de huit fois et les emplois reculé de 5%, suite aux départs volontaires et à la retraite, à l’amélioration de la productivité et à la valorisation des compétences.
Parmi les secteurs qui ont largement investi dans la modernisation de leur outil de production et leur restructuration, la métallurgie portée par le projet d’aciérie de la Sonasid à Jorf Lasfar pour un montant de 1,68 milliard de dirhams, soit 13% du montant global des investissements.
En seconde position, le secteur électrique et électronique qui a augmenté de 77% ses dépenses d’investissement, suivi du textile (+31%) et de l’agroalimentaire (+5%). Seule l’industrie chimique affiche des investissements en retrait de 47% parce qu’elle aurait subi les contrecoups de la concurrence à l’export. C’est le cas notamment pour l’OCP.
Le meilleur contributeur à la valeur ajoutée nationale est le secteur agroalimentaire dont la part a progressé de près de 2 points à plus de 7% du PIB. Cette activité a réalisé un bond de 36% à 24,5 milliards de dirhams, grâce notamment à la performance de la conserve de poisson qui affiche une croissance de 9% en dépit de la baisse des tonnages de la matière première et des intrants.
Quant à l’industrie chimique et parachimique, elle enregistre une hausse plus modeste de 0,8% à 6,5% du PIB. La métallurgie et le textile sont dans un mouchoir de poche avec respectivement 2,2% et 2,8% du PIB. Cependant, la métallurgie a amélioré son score de 0,4 point tandis que le textile a perdu 0,2 point, suite à la suppression totale des quotas à l’importation sur les produits chinois.
Au niveau de la production industrielle, la métallurgie affiche la meilleure performance (+24%), suivie de la chimie & parachimie (+20%), de l’industrie électrique & électronique (13%). L’agroalimentaire est en fin de liste avec une hausse de 4% seulement. Seule la performance industrielle du textile affiche un recul de 3% alors qu’il marque une percée de 14% au niveau de l’export.
Cependant, la performance industrielle n’a pas été synonyme de création d’emplois dans la plupart des secteurs. Les 7.700 postes créés émanent du secteur chimique et électrique & électronique.
A noter que l’industrie emploie au total 8% de la population active.
Dans la métallurgie, le nombre d’emplois a reculé de 5% à 2.300 postes alors que l’agroalimentaire perdait 22% de ses effectifs à plus de 24.000 postes. Ceci est dû au caractère saisonnier de l’activité de ces industries qui reste tributaire des aléas climatiques et conjoncturels. A titre d’exemple, l’industrie du poisson a subi une forte baisse de ses effectifs (-64%) car le tiers des emplois est saisonnier.
Cela pourrait être lié aux gains de productivité dégagés à l’issue des investissements à haute valeur technologique.
Les PMI gagnées par la fièvre de l’investissement
Les PMI suivent tant bien que mal la cadence. C’est en tout cas ce qui ressort de la dernière analyse réalisée par la Direction des études et des prévisions financières (DEPF) du ministère des Finances.
A l’instar de leurs aînées les grandes industries, les PMI ont réussi durant la dernière décennie à augmenter le volume de leur production de 6% l’an et leurs exportations de 8,5%/an. Parallèlement, elles ont augmenté leurs effectifs de 3%. Mais c’est dans l’investissement que les PMI se distinguent de leurs consoeurs.
Entre 1986 et 2004, elles ont augmenté de 10% leur effort de modernisation contre 7% pour les grandes industries. A noter que les PMI génèrent à elles seules 51% des investissements privés. Cependant, ce chiffre cache de fortes disparités. L’entreprise de taille moyenne débourse 1,5 million de dirhams par an en moyenne contre 230.000 dirhams pour la petite entreprise. La grande structure, elle, peut lever plus de 10 millions de dirhams annuellement.
Pour autant, la part des PMI dans la production nationale n’a pas beaucoup évolué durant cette décennie puisqu’elle gravite autour de 39% tout comme leurs exportations. Enfin, elles emploient entre 40 et 43% des effectifs, ce qui dénote une forte concentration à la fois au niveau de la production et des exportations (3/4 des recettes en devises) dans les entreprises de grande taille.
Au niveau sectoriel, la production des PMI émane essentiellement des industries agroalimentaires et de la chimie & parachimie. Ces deux secteurs contribuent pour plus des 3/4 de la production des PMI.
Quant aux exportations, elles proviennent surtout du secteur textile & cuir qui assure 46% des ventes à l’étranger des PME et de l’agroalimentaire avec 40% des exportations. A relever que dans les grandes entreprises, c’est la chimie & parachimie qui domine les exportations avec 1/3 des recettes en devises tandis que l’industrie électrique et électronique contribue pour 7% des exportations industrielles.
Au cours de la dernière décennie, la PMI s’est distinguée de la grande industrie à plusieurs niveaux:
. La productivité du travail des grandes entreprises est deux fois plus importante que celle des PME.
. Le coût du travail représente l’essentiel des charges de la PMI puisque les frais de personnel accaparent 46% de sa valeur ajoutée contre 33% pour la GI.
. Le niveau faible de la productivité prédomine aussi bien chez les PMI que chez les GI. Cependant, 90% des PMI ont un faible niveau de productivité contre 80% des GI.
Même tendance au niveau des salaires puisque les unités à bas salaire représentent 84% des PMI et 64% des GI.
. Le rythme de croissance de l’investissement moyen (par entreprise et par emploi) du secteur de la PMI est nettement supérieur à celui de la GI.
. Les flux d’emplois sont plus importants chez les PME. Autrement dit, le taux de création d’emplois augmente au fur et à mesure que la taille de l’entreprise baisse.
. La grande partie des ventes à l’étranger du secteur manufacturier est assurée par des entreprises qualifiées de faible niveau de productivité. A ce propos, les PME à faible niveau de productivité assurent près de 2/3 des exportations du secteur de la PMI. Quant aux grandes entreprises de bas niveau de productivité, elles réalisent près des 3/4 de leur chiffre d’affaires à l’export.
. L’analyse des résultats par destination des ventes révèle l’importance de la contribution des grandes entreprises exportatrices par rapport aux PME exportatrices. En effet, les grandes unités, qui ne représentent en fait que le quart des unités industrielles, réalisent plus des 3/4 des ventes à l’étranger des unités exportatrices.
Vent d’optimisme chez les industriels
Le sondage des industriels en avril effectué par Bank Al-Maghrib confirme l’optimisme des opérateurs, déjà palpable depuis le début de l’année.
A préciser que l’enquête de conjoncture est menée mensuellement par la banque centrale auprès d’un échantillon de 400 entreprises industrielles. Non seulement elle dresse l’état des lieux en recueillant les appréciations des chefs d’entreprise, mais elle livre également leurs prévisions sur les trois mois suivants.
Cinq grands secteurs sont particulièrement suivis: l’agroalimentaire, le textile & cuir, la chimie & parachimie, la mécanique et métallurgie et l’industrie électrique & électronique. Le taux de réponse des questionnaires établis en avril 2007 est de 71,4%.
Ce vent d’optimisme dans le secteur industriel est porté par la bonne tenue de l’activité, voire même de son développement dans la plupart des secteurs. De plus, les industriels disposent d’une marge d’expansion importante puisque le taux d’utilisation des capacités de production gravite autour de 70%.
Parmi les branches les plus dynamiques, l’industrie électrique et électronique affiche un taux d’utilisation de l’outil de production de 79%, suivi de la chimie & parachimie (71%) contre 69% pour l’industrie mécanique et métallurgique.
Concernant les ventes, les pronostics des industriels sont prometteurs. Depuis le début de l’année les carnets de commandes sont garnis, en particulier dans le secteur électrique & électronique, la chimie & parachimie et l’agroalimentaire. Le tonus de la demande intérieure y est pour quelque chose. Ce qui explique le niveau inférieur à la normale des stocks de produits finis dans l’agroalimentaire et normal dans l’industrie mécanique et métallurgique.
Les opérateurs ne s’attendent pas à un retournement de tendance dans les trois prochains mois, bien au contraire, en particulier pour la chimie & parachimie, l’industrie mécanique et métallurgique.
Et pour cause, les ventes augmentent régulièrement, à l’exception de l’agroalimentaire qui reste tributaire des fluctuations du marché domestique.
Pour le textile & cuir, le deuxième trimestre pourrait être morose vu l’état des carnets de commandes. Déjà à fin mars, le secteur souffrait d’une chute de l’export.
Même constat dressé par l’enquête trimestrielle de Bank Al-Maghrib du mois d’avril. L’optimisme est de mise malgré le renchérissement des matières premières et la grève des transports. Le climat général des affaires est perçu comme bon par six industriels sur dix. En mars, les performances industrielles sont au vert grâce aux carnets de commandes bien garnis et à l’expansion des ventes par rapport à février. D’où l’amélioration du taux d’utilisation de la capacité installée qui gagne 2 points en un mois à 73%. Et la reprise des commandes alimente l’optimisme ambiant.
En revanche, les industriels tirent la sonnette d’alarme vu les difficultés rencontrées en matière de recouvrement. Aussi les impayés pèsent-ils lourdement sur leur trésorerie. Cet obstacle est souvent cité par les opérateurs de l’industrie chimique et parachimique bien qu’il touche l’ensemble du tissu industriel.
L’autre obstacle a trait à l’approvisionnement en intrants: grève de transport, coût des matières premières. La pénurie des métaux entrave particulièrement le développement de l’industrie mécanique et métallurgique. L’insuffisance de la demande est également citée.
Reste que le handicap majeur, à en croire les industriels, a trait à la montée de la concurrence et à la persistance du marché informel. Même si pour le secteur électronique et électrique, la pénurie de main-d’œuvre qualifiée constitue le principal frein à son développement. C’est le cas aussi des télécoms, des cimenteries et du textile.
Surprise, l’accès au financement ne constitue plus un frein majeur à la machine industrielle. Dans tous les cas, l’autofinancement a la part belle puisque 60% déclarent y recourir contre 24% pour le crédit bancaire et 11% pour le crédit-bail. Toutefois, l’accès au crédit bancaire serait plus facile pour l’industrie électrique et électronique que le textile & cuir.
L’aéronautique décolle
Le pôle aéronautique a le vent en poupe depuis près de quatre ans. Les investissements directs étrangers affluent. Les accords de libre-échange avec l’UE et les Etats-Unis notamment sont à l’origine de cet engouement. Dans tous les cas, l’ambition du gouvernement est clairement affichée: porter le chiffre d’affaires du secteur à 12 milliards de dirhams à l’horizon 2012 et créer 15.000 emplois.
Le processus est enclenché et pas seulement en provenance de l’Europe. Ainsi, l’américain Minco a misé en avril 2007, 150 millions de dollars dans une nouvelle usine à Nouaceur. L’unité s’étendra sur une superficie de 3.500 m2 avec des possibilités d’extension sur 6.500 m2. Minco Product emploiera 250 personnes en 2011 et 400 au delà. L’unité devrait être opérationnelle en été 2008. L’entreprise qui est déjà présente au Maroc fabrique des éléments bobinés, des sondes de paliers, des sondes et des éléments céramiques.
Après son extension, la production pourrait couvrir également les capteurs laminaires et les réchauffeurs qui sont des produits à forte valeur ajoutée. Si l’opérateur américain atteint ses objectifs, il devrait entraîner dans son sillage d’autres sous-traitants Outre-Atlantique.
Mais pour l’heure, le pôle aéronautique reste largement dominé par les entreprises françaises. Safran est le groupe emblématique du secteur présent au Maroc depuis 2001 à travers ses filiales Labinal et Matis Aerospace.
Depuis, le groupe Safran a procédé à plusieurs investissements d’un montant global de 700 millions de dirhams. Il compte aujourd’hui cinq entités dont deux spécialisées dans le câblage aéronautique avec Matis et Labinal. Cette dernière a injecté en juin 2006, 100 millions de dirhams dans une unité industrielle axée sur l’assemblage de câblages aéronautiques basée à Témara.
Le géant français dispose aussi d’une unité spécialisée dans l’entretien des réacteurs avec SMES, et d’Aircelle, leader mondial des nacelles pour moteurs d’avions et des matériaux composites. Sans oublier la filiale Teuchos dédiée à l’ingénierie aéronautique, à la conception des moteurs d’avions et au calcul mécanique. Cette dernière est installée à Casablanca depuis 2005 et liée à l’EMI par une convention visant à développer une filière de formation dans l’ingénierie aéronautique. Teuchos envisage de recruter près de 400 ingénieurs d’ici 2010.
Mais les industriels marocains ne sont pas en reste. Aéronautique Services Industries (ASI) fraîchement installée dans la zone industrielle de Nouaceur est la première unité détenue entièrement par des capitaux locaux. Cet assembleur d’éléments de structure pour aéronefs a investi 25 millions de dirhams dans un site de 4.700 m2 couverts pour une surface globale de 10.000 m2. ASI travaille exclusivement pour le compte de Dassault Aviation mais envisage une diversification de son portefeuille. |